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  Premières neiges ... un peu long ...

Voilà, les flocons sont revenus, doucement ...

Un autocar qui s'en va nuitamment transportant une quarantaine d'âmes vers une hypothétique destination. Car-couchette où s'emmelent les membres, les souffles, dans une même quête : celle d'un sommeil qui tarde a venir dans les soubresauts du voyage, long et sinueux.

En soute les sacs, les skis de randonnées, les peaux de phoques...tout un barda.

Direction la vallée de la Tarentaise qui d'Albertville conduit à val d'Isere en passant par Moutiers, Aime , Bourg Saint Maurice.

Le car va déposer ça et là de petits groupes, qui, sous la conduite d'une paire de montagnards expérimentés, vont tracer dans la neige fraiche jusqu'à un refuge en passant cols et sommets.

A la Léchere, à 6h30, nous entamons donc un solide petit déjeuner, pour dénouer l'estomac... Coup d'oeil par la fenêtre. Une profonde dépression, au nord de la Corse, enroule en longues spirale froides de lourds stratocumulus chargés d'humidité. Les isobares resserrées laissent présager un flux de nord-nord ouest très froid. Pas le grand beau.

Un peu de transport pour s'extraire du fond de la vallée, et nous sommes à Grand Naves, sous un ciel blanc et gris, avec des barbules de neige comme des serres glacées sous les strato-cumulus qui descendent lentement vers le sol.

Pour moi, ce samedi, ce ne sera pas la première triangulaire, mais une longue, très longue trace à la carte, l'altimètre et la boussole.

Le vallon a pris des teintes sépia. Nous nous harnachons pour la montée. Emmener avec soi des débutants, pour leur faire découvrir le milieu alpin sauvage, c'est généreux certes, c'est la vocation du club, mais c'est aussi risqué, et je ne suis pas totalement serein au vu des conditions nivo-météo.

Au bout de 300 m de dénivellée, le plus inexpérimenté des débutant du groupe casse sa fixation. Désormais, et pour de longues heures il va devoir rmarcher avec une fixation en position montée et l'autre en position descente, d'où surcroit d'effort, et de fatigue. J'hésite à le renvoyer vers le village d'où nous venons de partir, car en suivant le sentier bien marqué il en a pour une petite demi-heure, au plus en toute sécurité. Il m'assure de sa robustesse, et de son envie de continuer... un coup d'oeil circulaire pour avoir l'assentiment du groupe qui va devoir participer à la prise en charge.

La neige tombe désormais drue, dense, légère mais très froide, sans cohésion.En laissant mon corresponsable derrière accompagner le débutant, je reste seul devant à tracer, et malgré mes arrêts fréquent pour ajuster le tir, je gagne sur les suivants.

Arrêt et attente dans le blizzard qui s'est levé. Regroupement, consignes pour se protéger, vérification des émetteur- récepteurs au cas où l'avalanche ...

Nous déchargeons encore le sac de notre débutant. La trace n'est pas stable en traversée, la neige trop froide, n'a pas de cohésion. Il faut maintenant lever haut les spatules pour les laisser retomber lourdement. Vers 2000m il y a de grosses accumulations dans lesquelles nous pateaugeons avec peine.

Michel, vient me relayer un peu à la trace. Mes peaux de phoques se sont décollées sur presque toute la longueur de ski à force de vouloir damer la neige, aussi dois-je sortir les mains de gants et sur-gants pour réchauffer la colle et nettoyer la semelle. L'onglée est immédiate, intense, la peau des doigts colle aux carres. Deux anneaux de caoutchouc, découpés dans une chambre à air de voiture, me permettent de ligaturer les peaux à l'arrière des skis et de les maintenir en place pour la montée.

Je reprend finalement la trace car grace à mes lunettes de vue je suis moins aveugle par les esquilles de glace soulevées par le vent que Michel. Le vent s'est renforcé et me bouscule, me renverse presque, car les deux skis bloqués dans la neige m'entravent et m'empêchent de garder mon équilibre. Je pense au débutant, derrière, qui s'arrête souvent. Il suffirait d'un petit peu de soleil, non pour nous réchauffer mais pour egayer un peu ce vallon qui apparait hostile.

Nous faisons halte dans une grange, (un nant : un chalet dans lequel on fait le beaufort). La porte n'est fermée que d'une boucle de fil de fer. A l'abri du vent nous nous restaurons, et faisons un petit bilan de l'état des troupes. Tous sont d'accord pour continuer vers notre destination finale, nous allégeons encore le sac de notre compagnon. Nous dépassons le Refuge du Nant du Beurre, privé et bien fermé.

A chaque passage de point coté identifiable sur le terrain et sur la carte, contrôle et recalage de l'altimètre qui se dérègle au fur et à mesure que la depression se creuse.

A chaque fois, il me faut sortir la main droite du gant pour effectuer les réglages de l'altimètre et du cadran mobile de la boussole, et a chaque fois c'est l'onglée. François a de la glace collée au visage, Isabelle n'arrive pas à déployer sa capuche et son menton prend de drôles de teintes, Marianne s'est calfeutrée dans sa veste. Jean-Francois, notre colossal débutant avance en boitant, les sourcils gelés. Henri accepte de mettre un passe-montagne. Chacun aide son voisin a ajuster sa tenue, à colmater les passages de neige dans les vêtements.

La solidarité est notre chaloupe de sauvetage, et nous devons veiller à la garder à flot, à charge pour moi de garder le bon cap. Le premier col est franchi, et des nues vient une lumière tantôt blafarde tantôt dorée qui nous apporte quelques minutes de lumière, de visibilité sur les reliefs autour de nous. J'en profite pour faire de courts mais précieux relèvement de points caractéristiques et confirmer notre position sur la carte.

Je loue l'IGN pour la précision du tracé des combes, des crêtes, des éboulis.

Nous avancons vers le col des Tufs Blancs. En légère descente, nous commencons notre traversée à flanc, à la base de pentes raides et chargées de neige fraiche. Consignes d'espacement, chacun scrute à la fois la trace, l'amont, et garde la distance, à la limite de la visibilité sur la personne qui précéde.

A nouveau tourmente de neige, c'est maintenant un sac devant et un derrière que je continue à tracer vers le Col des Génisses. Nous le franchissons et nous dirigeons vers les Col des Grandes Combes qui doit nous conduire vers le refuge de La Coire. Le temps passe très vite, et nous sommes lents, très lents. François et Marianne soutiennent très bien le moral de Jean François qui est maintenant très fatigué. C'est Michel qui porte le sac de Jean-François sanglé sur le sien. Nous sommes au col, il reste vingt à trente minutes de jour. Par beau temps, ce serait largement suffisant pour descendre les 350 m de dénivelée, et franchir les deux ou trois kilomètres qui nous séparent du refuge. Dans la tempête de neige qui nous aveugle, et dans le nuage, avec quelques mètres de visibilité, dans le jour qui s'estompe nous descendons, en suivant le cap, de proche en proche. La neige est douce, poudreuse, et c'est une chance pour nous.

La nuit est établie, un torrent coule sous le manteau neigeux qui fait plus de 2m d'épaisseur par endroit dans les combes, les batons s'enfoncent profondément  lorsqu'on cherche à prendre appui. Ce torrent est un repère précieux qui nous guide assez bien vers notre objetctif. J'échange ma frontale faiblarde contre celle de Michel en meilleur état pour pouvoir continuer à tracer dans la bonne direction sans tomber dans les cuvettes creusées par le vent. De temps à autre une tache plus sombre laisse deviner un rocher là ou nous voudrions une cabane.

Vers 19h le pinceau de ma frontale accroche une ligne inhabituellement rectiligne dans cet univers tout en courbes tourmentées : une grange ! Je  fonce, et découvre deux, trois puis quatre batisses, soit ouvertes à tous vents soit cadenassées. Regroupement, point sur la carte : nous sommes à l'alpage de Cormet, légèrement à droite de notre itinéraire, il nous reste 750m à faire horizontalement, à flanc, vers le refuge situé plus au nord. Nous sommes passés en dessous du nuage, il neige encore faiblement, mais nous voyons à plus de cent mètres ce qui nous donne bon espoir. Un rocher énorme, percé de fenêtres et coiffé d'un toit, un rocher sombre, distant qui devient un refuge, François et moi le rejoignons, feu de bois, neige en fonte sur le poële, nous lançons le repas, tandis que le reste du groupe suit notre trace, sous l'aiguillon de la faim et attiré par la fumée du bois de résineux qui crépite dans le foyer.

20 h, tout le monde est là autour de la table, séchant, fumant, il ne fait que zéro à l'intérieur, comme celà nous semble douillet !

Une chance oui! que nous ayons trouvé le refuge...

Repas où chacun s'emplit de précieuses et douces calories, et se vide des angoisses qui le tenaillait. L'enfer glacé c'est déjà du passé.. Une nuit chahutée, où la fatigue est telle que le sommeil tarde à venir, un peu de mal des montagne, et de surcroit d'effort pour Jean-François qui ne gardera pas son repas du soir.

Le lendemain va s'écouler lentement, car au calme relatif des éléments du petit matin  succède le passage d'une traine active. Petit déjeuner à rallonge et lents préparatifs pour le retour  vers la vallée par un autre itinéraire, de secours, plus court et normalement sans embûches.

Dans le ciel qui se dégage, dans les nuées qui scintillent de poudreuse, nous glissons sans heurts sur la piste qui descend des alpages. Les épicéas ont revetu leur parure de noël, et abaissent leurs branches chargées jusqu'à nous. Ca et là émergent quelques burons, enchassés dans la roche pour n'offrir aucune prise au souffle dévastateur de la neige en avalanche. Dans le ciel bleu rehaussé de blanc tournoient des chocards, plus bas, rasant les cimes, un aigle... Trace de Geais, de lièvres variables, de renards. Malgré le froid vif, toute une faune cachée s'agite pour se nourrir, ne laissant qu'une signature ténue et hésitante sur la neige durcie par le vent.

Repas de midi au soleil, photos, petite boisson chaude au réchaud à gaz, et nous continuons notre descente vers la vallée, quittant à regret cette montagne dans le soleil couchant qui enflamme les derniers nuages de la tempête apaisée ...

Nous laissons là, à la tombée de la nuit notre première neige ...qui fût à la fois à la fois si dure et si douce !

Danier DEZULIER

 

 

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