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| Randonnée aux pics d'Astazou - Gavarnie - Pyrénées |
Dans un numéro précédent de Quartz, Philippe Owezarski demandait dans quel topo il pouvait trouver la description de la voie normale des pics d'Astazou. Je lui propose ici un circuit de deux jours qui est inspiré des différents itinéraires proposés dans la bible du pyrénéiste : le guide Olivier.
Avant de passer à la description de la randonnée, je me permettrai une petite digression sur la disparition de ces fameux guides Olivier qui me semble symboliser l'évolution de la pratique de la montagne dans les Pyrénées.
Il existe six volumes couvrant environ la moitié de la chaîne du Pays-Basque au Luchonnais et ressemblant dans l'esprit et dans la présentation aux non moins fameux guides Vallot des Alpes. Leur intérêt est simple : étant donné n'importe quel sommet, qu'il soit prestigieux ou secondaire, on est assuré de trouver décrites les voies permettant d'y accéder, de la randonnée la plus évidente à l'escalade la plus difficile.
Du moins, à l'époque de leur rédaction, car voilà, il n'y a plus de mise à jour. Publiés par Robert Olivier dans les années soixante et réédités plusieurs fois par la suite, ils sont désormais introuvables. Les éditions les plus récentes (années quatre-vingt) sont épuisées, et tout indique que ce seront les dernières sans qu'aucune publication approchante ne soit disponible*. Outre le fait que l'auteur principal de l'ouvrage est aujourd'hui très âgé, la cible de la palette de courses proposées est désormais inexistante. Ou plus exactement segmentée, pour employer un terme de marketing, puisque la montagne est, comme tout le reste, un marché.
La ballade en montagne, avec la mode des vacances au vert s'est largement popularisée, mais il existe quantité de recueils de randonnées (se contentant d'ailleurs trop souvent de commenter les itinéraires portés sur les cartes IGN). Ceux-ci sont moins austères que les guides Olivier et ne proposent que des parcours faciles dépassant rarement le niveau F. Robert Olivier lui même a d'ailleurs signé récemment quelques bouquins de ce tonneau. Entre les randonneurs et la catégorie des grimpeurs dont le niveau a considérablement augmenté, il reste un petit créneau occupé, me semble-t-il, par des candidats aux courses prestigieuses vers les pics les plus connus : les sommets du Vignemale, de l'Anetto et du pic Long sont rarement déserts en été. On ne peut plus parler de randonnée car il y a de petits passages de glacier mais on est encore loin de l'alpinisme, et l'escalade actuelle est sur une autre planète. Cette dernière, discipline sportive à part entière, dispose bien évidement de topos spécifiques dans les sites où le rapport approche/longueur et difficulté des voies est suffisamment intéressant (on peut par exemple penser au pic du midi d'Ossau).
Des trois populations invoquées jusqu'à présent, aucune ne semble se retrouver dans la conception un peu rugueuse de la montagne des guides Olivier, et très peu de monde continue de parcourir les arêtes en AD au rocher pas toujours très sûr menant après une longue approche à un sommet secondaire. Quoi qu'il en soit, cette situation, que j'ai bien entendu largement caricaturée, n'est pas faite pour me déplaire. Si elle implique une concentration de la foule dans certains lieux bien connus, elle laisse libre un grand nombre de vieux itinéraires que je me fais un plaisir de déguster en toute quiétude, même si les dalles sont parfois herbeuses et les clous rouillés.
Pour en revenir aux pics d'Astazou, lors de mon dernier passage en été, aux alentours du 14 juillet, nous avons rencontré en tout et pour tout trois personnes au col Swan. Deux jours plus tôt, en faisant le tour du glacier d'Ossoue par les crêtes, nous avions observé au moins cent personnes atteindre le sommet du Vignemale, pour ne rien dire du Piméné où nous étions passé la veille.
Pour découvrir les pics d'Astazou, on peut partir de trois vallées différentes : du barrage des Gloriettes, de la vallée de Pineta en Espagne, ou encore du village de Garvarnie. Cette dernière solution est, de mon point de vue, la meilleure car elle permet d'effectuer un circuit agréable en deux jours. J'en donne ici les grandes lignes d'après mes souvenirs, les renseignements notés lors de mes passages dans mes carnets et, bien entendu, le guide Olivier que j'éviterai de recopier** . Le but n'est pas de donner une description précise de l'itinéraire, mais de signaler la possibilité d'une course intéressante et de vous donner envie de la faire. Ensuite à vous de vous débrouiller avec la carte, le topo, votre matériel, votre expérience et les conditions du moment***. Les itinéraires ne sont pas cotés (difficulté en dessous de F donc) mais sont parfois plus délicats qu'une simple randonnée : passages exposés, pentes de neige raides et absence de sentier peuvent vous poser des problèmes.
De Garvarnie, on monte par un sentier bien tracé au plateau du Pailla puis au refuge des Espuguettes avant d'aller profiter du fabuleux panorama du sommet du Piméné. On découvre l'ensemble du cirque de Gavarnie ainsi que le massif du Mont Perdu. La redescente jusqu'à la hourquette d'Alans peut se faire par la crête au lieu de revenir sur le sentier. Il suffit d'éviter un petit escarpement en descendant versant Est par l'itinéraire de ski de rando (porté sur la carte IGN) peu avant le col. Une fois celui-ci franchi, nous nous retrouvons dans le cirque d'Estaubé que l'on traverse à flanc en suivant le sentier qui conduit au refuge de Tuquerouye. Avant d'y accéder, il faut gravir le couloir du même nom. Un peu raide sur la fin, celui-ci est à déconseiller en fin de saison car c'est alors un éboulis croulant. Il parait que des équipements existent pour en aider le franchissement. Quoi qu'il en soit, il est préférable de passer tant qu'il reste de la neige, c'est à dire au moins jusqu'à fin juillet une année d'enneigement normal. La pente est raide mais ne doit guère dépasser 30º dans le ressaut final.
Le refuge de Tuquerouye vaut à lui seul le déplacement. Situé sur l'arête frontière dans une brèche minuscule et escarpée, tant du coté français qu'espagnol, son emplacement est l'un des plus beau des Pyrénées. Il fait face aux deux glaciers du versant nord du mont Perdu qui s'étagent sur une paroi de 900 mètres de dénivelé. Cette dernière constitue d'ailleurs une belle course de neige à effectuer en hivers ou au printemps. Le refuge a été restauré il y a peu. Jusque là, il prenait l'eau, et était dans un état de saleté indescriptible. Je ne l'ai pas visité depuis, mais ne vous attendez pas à trouver un trois étoiles. Il n'est pas gardé, bien évidemment on ne trouve pas d'eau à portée immédiate et il n'avait pour le couchage que des bat-flancs en béton. Personnellement j'ai toujours campé au bord du lac glacé, mais il faut savoir que c'est interdit. Si le bivouac est toléré dans le parc national français, il est prohibé en Espagne sauf aux abords immédiats des refuges espagnols. Malheureusement, celui de Tuquerouye est français !
Normalement, vous devriez bien dormir, car le dénivelé de cette journée avoisine les deux mille mètres. Avec la tente sur le dos, c'est déjà pas mal. Si cela vous effraie, vous pouvez diminuer la dose en évitant l'ascension du Piméné, mais ça serait dommage car le point de vue est remarquable.
Le programme du deuxième jour est moins chargé. Du lac glacé, on remonte facilement la large vallée glacière jusqu'au col Swan. C'est à ce col que débouche le couloir du même nom, course de neige hivernale classique et très agréable. On peut alors en suivant leurs arêtes aller au sommet des deux pics d'Astazou qui se situent de part et d'autre du col. Il n'y a pas de réelles difficultés d'escalade (le guide Olivier signale du I), mais les passages sont parfois un peu exposés. A noter que pour atteindre le sommet du petit pic et pour éviter le fil de l'arête trop aiguë, on emprunte des corniches dans la vertigineuse face nord. On rejoint ensuite le col d'Astazou, soit par l'arête du petit pic d'Astazou, soit en coupant du col Swan. La descente de ce col est délicate car coupée d'un ressaut. Il s'agit de suivre un système de vires pour le franchir. La description précise du passage est à étudier en détail sur le guide Olivier, mais il est normalement jalonné de caïrns. On retrouve peu après le sentier mentionné sur la carte IGN, qui revient au plateau du Pailla par une longue descente en traversée vers le Nord. La dernière difficulté non loin du plateau consiste à traverser une zone de dalles dénommées « les rochers blancs ». Là encore, il convient de ne pas s'éloigner de l'itinéraire, mais ce n'est pas vraiment difficile. Il existe un balisage très dense constitué de points rouges peints à même le sol. La dernière partie est évidente et permet de retrouver Gavarnie et ses caravanes de chevaux et d'ânes à destination de l'hostellerie du cirque.
Voilà, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne randonnée.
Pierre Girard (pierreg@acm.org).
P.S. : J'ai de nombreuses notes en réserve sur diverses courses (principalement dans les Pyrénées) en hivers comme en été. Donc n'hésitez pas à me demander des renseignements.
[1] Pyrénées centrales, Tome I - R. Olivier, Dr Minvielle, Jean et Pierre Ravier - 1986 - Éditions M.C.T., 10, rue Lapouble, 64000 PAU - Numéro des itinéraires empruntés : Plateau et cabane du Pailla 181, Piméné 191, Refuge de Tuquerouye 201, Pics d'Astazou 270, Col d'Astazou 199.
[2] Les cent plus belles courses des Pyrénées - Patrice de Bellefon - 1976 - Denoël.
[3] Carte IGN Top 25 Gavarnie, Luz-St-Sauveur - Échelle 1/25000ème.
* : Il existe un ouvrage dont l'esprit des courses proposées est identique, mais qui présente seulement une sélection d'itinéraires dans la collection «100 plus belles courses» [2]. Cependant, il est également épuisé. [Retour au texte]
** : Ceci pour des raisons évidentes de copyright. Si vous ne parveniez pas à vous procurer un exemplaire des ouvrages cités, envoyez moi un message électronique et j' essaierai de faire quelque chose pour vous. [Retour au texte]
*** : Comme nous ne sommes pas aux États-Unis, j'éviterai l'avertissement du style «La montagne est un milieu hostile, blablabli-blablabla, l'auteur décline toute responsabilité, blablabli-blablabla, n'oubliez pas votre cache-nez ». Je décline néanmoins toute responsabilité !!! [Retour au texte]
© 1996,1997,1998 Pierre Girard.
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