LE COSIROC PREND POSITION

Fontainebleau, parc national ou forêt de protection? Le COSIROC prend position.

Communiqué du Conseil d'Administration du Cosiroc - 15 juin 1996 : La situation actuelle des forêts domaniales de Fontainebleau et des Trois-Pignons.

Le massif de Fontainebleau est constitué par les forêts domaniales de Fontainebleau, des Trois-Pignons, de la Commanderie et de Larchant, soit environ 25 000 ha actuellement gérées par l'Office National des forêts (ONF). Depuis 1965, la première est protégée en tant que site classé selon la loi du 2 mai 1930, tandis que les Trois-Pignons (3 000 ha) sont seulement inscrits dans l'inventaire supplémentaire des sites. Celles de la Commanderie et de Larchant (1 200 ha) sont des acquisitions récentes sans protection particulière. Situé à quelque 60 km de Paris, le massif de Fontainebleau est en fait une forêt péri-urbaine qui entoure la ville de Fontainebleau. Il est traversé par une autoroute, deux routes nationales à quatre voies et par la voie ferrée Paris-Lyon. Il reçoit environ dix millions de visiteurs par an. En 1991, le ministre de l'Agriculture a fait étudier le statut de forêt de protection pour les forêts domaniales de Rambouillet, Sénart et Fontainebleau. La forêt de Sénart a obtenu ce statut en 1995. Les Trois-Pignons ont été acquis par l'Etat en 1968 et 1973, à la suite de deux déclarations d'utilité publique, motivées principalement par le souci d'accueil du public. Depuis 1992, il existe un projet de parc naturel régional (PNR) du Gâtinais français, qui intéresse quelque 50 communes de l'Essonne et de la Seine-et-Marne, de Noisy-sur-Ecole et Arbonne à l'est, jusqu'aux cantons de La Chapelle-la-Reine au sud et de La Ferté-Alais à l'ouest. Ce projet, bien avancé aujourd'hui, est susceptible d'inclure la forêt domaniale des Trois-Pignons.

1 - Le statut de « forêt de protection »

Le statut de forêt de protection a été créé par la loi du 28 avril 1922, dans le but de protéger les sols contre l'érosion, les avalanches et l'envahissement des eaux et des sables (articles L.411 et L.412 du code forestier). Il a été également appliqué en 1976 à la mise en valeur écologique des systèmes forestiers ainsi qu'au bien-être des populations.
Initialement destiné aux forêts de montagne, il sert actuellement à la protection d'écosystèmes remarquables (forêts rhénanes) et à celle des forêts péri-urbaines de l'Ile-de-France. En 1994, 80 000 ha avaient déjà été classés en forêt de protection.
Ce classement constitue actuellement l'outil juridique le plus solide de la législation forestière pour la protection des forêts. Il s'applique aussi bien aux forêts privées qu'aux forêts domaniales. Il interdit le défrichement et soumet la gestion forestière à des règles techniques particulières, contrôle les droits d'usage et réglemente l'accès du public. L'initiative du classement est prise par le ministre de l'Agriculture, le plus souvent sur proposition du préfet de département ou de région. Une enquête publique est organisée auprès des communes concernées et de tous les propriétaires riverains, dans les mêmes formes que pour une déclaration d'utilité publique. Cela réclame donc du temps... et de l'argent.
Pour le massif de Fontainebleau il s'agit de plusieurs milliers de propriétaires, et seule l'Agence foncière et technique de la région parisienne possède les moyens nécessaires. Une fois le classement en forêt de protection prononcé par décret, le préfet peut:

1. s'opposer à tous travaux contraires à l'objectif du classement;
2. approuver un règlement d'exploitation;
3. réglementer la fréquentation du public;
4. faire effectuer les travaux jugés nécessaires, notamment pour maintenir les équilibres biologiques.

En résumé, l'ONF en conserve la gestion, mais dans un cadre strict plaçant au second plan la rentabilité de la production. Le préfet a tous les moyens de s'opposer au « mitage » des lisières de la forêt, même dans des buts louables tels que l'exercice des forces de défense du pays, l'installation d'un établissement d'enseignement, l'élargissement ou la construction de voies de circulation. Notons aussi que la chasse ou la pêche n'y sont pas proscrites.

2 - Le statut de « parc national ».

Le statut de parc national (PN) a été créé en France au début des années 60. Il est différent de celui des très vastes parcs nationaux des Etats-Unis d'Amérique, qui a lui-même évolué depuis le début du siècle et la convention de Londres (1933). Il impose une protection stricte de la nature dans la zone centrale, excluant les coupes de bois, la chasse et la pêche, la culture et l'élevage, a fortiori toute activité industrielle, commerciale ou touristique, et bien sûr les autoroutes ou les voies ferrées.
En revanche, ce statut entoure le parc national d'une zone périphérique tampon où sont non seulement maintenues mais encouragées les activités humaines, notamment l'agriculture et surtout le tourisme, y compris sous ses formes « lourdes ». Un parc national est géré non plus par l'ONF mais par un établissement public qui recrute lui-même son personnel, avec un conseil d'administration où sont représentés le ministre de l'Environnement (et non plus celui de l'Agriculture), l'ONF, le conseil régional, le conseil général (département), les élus locaux et les associations. Cette diversité entraîne quelquefois des conflits, mais assure la pérennité du financement du budget.
La plupart des sept parcs nationaux français sont situés dans des zones de montagne, à l'exception de celui de Port-Cros dans les iles d'Hyères, voué à la protection du milieu marin.

Le statut de parc naturel régional

La « charte » et la gestion d'un parc naturel régional (PNR) sont régies par le décret du 1er mars 1967. Un PNR est réalisé sur l'initiative de la région, autour d'un thème, en accord avec, ou sur proposition des autorités locales. Il concerne un territoire habité, mais fragile, dont le patrimoine naturel et culturel mérite d'être préservé. Les parties boisées peuvent être discontinues. C'est une association entre les pouvoirs publics, représentés par le ministre de l'Environnement, et les élus régionaux, départementaux et locaux, pour créer un aménagement équilibré respectueux de l'environnement. A la protection proprement dite viennent s'ajouter le développement de l'accueil, l'information et l'éducation du public sur le patrimoine naturel et culturel. Un PNR contribue au développement économique, social et culturel de son territoire, son existence ne provoquant ni interdiction ni législation spécifiques en dehors de la « charte » votée par tous. En 1994, il existait 27 PNR en France, couvrant 8% du territoire, répartis sur plus de 2 000 communes (environ 4 millions d'hectares), et concernant près de 2 millions d'habitants. En avril 1995, le dernier acte du gouvernement Balladur a été de créer le PNR du Vexin français, à une trentaine de km au nord-ouest de Paris. Le projet de PNR du Gâtinais français est bien avancé. Le syndicat d'études s'est dissous après avoir accompli sa tâche, concrétisée par un document très détaillé (plus de 700 pages richement illustrées) de l'Institut d'aménagement et d'urbanime de la région Ile-de-France (IAURIF). La charte est en cours d'établissement en commissions de travail constituées par les élus locaux, mais où les associations de protection de l'environnement sont représentées (à titre consultatif) et où leurs avis sont souvent retenus. Elle doit être soumise au vote des élus locaux à la fin de 1996 et l'on peut espérer la création du PNR en 1997. Ce projet englobe notamment la forêt domaniale des Trois-Pignons et la forêt départementale des Grands-Avaux (Beauvais et Champcueil), mais pas, ou pas encore, la zone boisée et la base de plein-air de Buthiers.

Qu'est donc le « Comité pour un parc national à Fontainebleau »?

Ce comité a été créé en 1993 par des dissidents de l'Association des amis de la forêt de Fontainebleau (AFF).

Pour des raisons « médiatiques », il a désigné un ennemi, l'ONF, qu'il livre en pâture au grand public. Certes l'ONF n'a pas toujours été à l'abri de tout reproche en ce qui concerne la forêt de Fontainebleau, ceci du fait que sa mission principale est l'exploitation forestière rentable et la production de bois. L'AFF a plusieurs fois critiqué les coupes à blanc dans les parcelles où la régénération naturelle semblait encore possible, et les atteintes aux fameuses « séries artistiques » devenues réserves naturelles. Aussi, l'AFF a publié en 1990 un Livre vert dans lequel de nombreux problèmes de protection sont analysés en profondeur et des mesures concrètes sont suggérées.
Depuis quelques années les responsables de l'ONF à tous les niveaux reconnaissent que les forêts domaniales de Fontainebleau et des Trois-Pignons ont pour vocation principale l'accueil du public plus que la production de bois. Suivant l'ONF, le volume des coupes a été ramené à environ 50 000 m3 par an, soit moins que la croissance annuelle. Un effort notable a été également fait pour protéger les paysages en répartissant mieux les coupes dans l'espace et dans le temps. L'accusation d'enrésinement abusif au dépens des feuillus, portée par le Comité, ne tient donc pas devant l'examen des statistiques: au cours des 20 dernières années, la proportion des surfaces plantées de feuillus a légèrement augmenté et non pas diminué, et dépasse actuellement 50%, au profit du chêne d'ailleurs plutôt que du hêtre.
Les soutiens de nombreuses personnalités et organisations dont le Comité a fait état ont été obtenus pour la plupart, soit par copinage universitaire, soit par publipostage basé sur des slogans simplistes du style: « sauver Fontainebleau » ou « la forêt en péril ». Comment refuser sa caution à une telle action de « sauvetage », surtout quand on habite loin et que l'on connaît mal les problèmes de protection des forêts péri-urbaines.
Mieux vaudrait se poser des questions sur l'absence totale de signatures d'habitants influents ou d'autorités locales, élus ou fonctionnaires, dans ce coin de la Seine-et- Marne. Le Club alpin français (CAF) n'avait pas manifesté d'hostilité particulière sans pour autant apporter son soutien formel, ce qui n'a pas empêché le Comité de faire état d'un soutien. Par la suite, le CAF a demandé officiellement de n'être plus mentionné parmi les associations soutenant le projet. A la fin de 1994, le Comité a commis ou encouragé plusieurs actes délictueux confinant au vandalisme ordinaire, tels que le « taggage » de panneaux et l'arrachage de jeunes plants de cèdres, voire au terrorisme comme le cloutage d'arbres devant être coupés à la tronçonneuse et le sabotage d'engins de chantier. Plusieurs membres du bureau du Comité, dont le président, ont passé les fêtes de Noël 1995 sous les verrous et sont désormais mis au ban des organisations de défense de la forêt ou des sites, sans parler des forestiers et des autorités politiques ou administratives.

La position du COSIROC

Après discussion en commission, puis en Conseil d'administration, le Cosiroc se déclare en faveur du statut de forêt de protection, tant pour la forêt domaniale de Fontainebleau que pour celle des Trois-Pignons, si toutefois ce statut est compatible avec l'inclusion de cette dernière dans le projet de PNR du Gâtinais français, en faveur duquel se prononce également le Cosiroc.

Parmi nos arguments, citons:

1. Le statut de parc national est irréaliste: en l'état actuel des textes, il faudrait fermer à la circulation l'autoroute A6 et les deux nationales à quatre voies (N5 et N7) qui la traversent. Et sans doute aussi les voies ferrées!

2. Une dérogation au statut de parc national à Fontainebleau pour tenir compte des voies existantes constituerait un précédent grave justifiant des aménagements dans les autres parcs nationaux français, dont certains ont jusqu'ici victorieusement résisté aux pressions des aménageurs pour des routes d'accès, des téléphériques, des lignes électriques et des stations de ski.

3. La délimitation d'une zone périphérique semble peu compatible avec la zone urbaine de la ville de Fontainebleau, sauf à amputer une fois de plus la forêt. Les lisières et bornages de la zone centrale seraient alors soumis à une pression accrue de la spéculation immobilière, car l'appellation « parc national » est un outil de marketing fabuleux pour les promoteurs de tout poil. On l'a constaté en périphérie des parcs nationaux américains et c'est l'une des raisons de la conception de zone périphérique des parcs nationaux français.

4. La fréquentation actuelle de 10 millions de visiteurs par an est proche du maximum que le massif peut supporter sans détérioration exagérée et irréversible de son environnement. Le label « parc national » risque d'augmenter inutilement cette fréquentation en n'attirant pas seulement des amateurs de nature préservée, mais des curieux plus consommateurs que respectueux de l'environnement.

5. Le Comité se veut l'héritier des anciennes revendications de parc national formulées par les défenseurs du massif de Fontainebleau, mais oublie que ces revendications sont antérieures à leur statut qui date en France de 1960. A cette époque l'idée de parc national était ce qu'on imaginait de mieux pour la protection, par référence aux réalisations américaines. Il ne faut donc pas confondre les besoins actuels de protection du massif de Fontainebleau avec ce qu'est réellement le statut français des parcs nationaux, qui est aujourd'hui parfaitement inadapté au degré de protection souhaité pour ce massif forestier péri-urbain.
Pour le moment, le statut de forêt de protection semble être le mieux adapté aux spécificités de ce massif, dont les paysages ont de tout temps inspiré les artistes, et dont le micro-climat ainsi que la diversité botanique et entomologique sont uniques au monde.

Le Cosiroc souhaite que, conformément à la circulaire 92.3011 de Louis Mermaz, alors ministre de l'Agriculture, le massif forestier et gréseux de Fontainebleau reste le poumon de l'Ile-de-France, que la circulation des engins à moteurs y reste limitée par des parcs de stationnement aux emplacements judicieucement situés, que l'accueil du public y reste prioritaire, que les piétons y aient priorité sur les autres utilisateurs comme les cavaliers et les cyclistes, et que les équipements d'accueil y restent légers et rustiques.

 

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