LA MYRTILLE

Fin Août. En montagne, les buissons de myrtilles regorgent de ces petites baies bleues sombres, qui font le régal des enfants et de belles taches sur les tee-shirts.

La myrtille, ou airelle, ou encore pour les puristes vaccinum myrtillus, appartient à la famille des éricacées, pousse sur les pentes de moyenne montagne, en général sur des sols siliceux. Cet arbuste redoute les sols calcaires.

Petit arbuste d'une trentaine de centimètres, feuilles vert pâle persistantes ovales, il se couvre vers le mois de juin de petites fleurs blanches rosées. Pour laisser place aux délicates baies bleues que l'on récolte vers la fin de l'été.

La baie est assez fragile, il est bon de prévoir lors de la récolte un panier plat ou un récipient dur, une poche en plastique a la désagréable habitude de transformer votre cueillette en confiture avant l'heure.

Les vertus de la myrtille sont connues depuis de nombreux siècles, principalement au niveau de son pouvoir antiseptique. En effet, on raconte que la myrtille peut vaincre le bacille de la fièvre typhoïde en moins de 24h. Ces baies sont donc indiquées pour les colibacilloses, dysenterie, diarrhées, etc... A ces indications s'ajoutent des pouvoirs astringents, anti-inflammatoire, contre l'asthénie, l'anorexie, pour la vision nocturne... la liste est longue. Mais encore une fois, rien de vaut une visite chez votre médecin traitant... !! Le but ici n'est pas médical, mais disons... culinaire.

A jeun, le matin, un grand bol de myrtilles fraîche pendant quelques jours représente une excellente cure.

Une autre méthode consiste à mettre dans une bassine les baies, préalablement lavées et égouttées, avec une fois et demi le poids de myrtille en sucre. Faire cuire à feu doux jusqu'à obtenir une marmelade assez épaisse, qui sera ensuite placée dans des pots à confiture. On peut bien sûr ajouter lors de la cuisson divers produits, comme des noix râpées, des écorces d'orange, des feuilles de menthe fraîche ou un peu d'Armagnac... cette partie touche à l'alchimiste qui sommeille en vous, et qui permet d'obtenir une confiture dont vous serrez le maître de la recette.

Pour les infusions et thés, il faut étaler les baies sur une claie ou à défaut du papier journal, dans un endroit propre, chaud et sec, pendant 5 jours, en les retournant souvent jusqu'à obtenirune baie "ratatinée", sèche. Il faut ensuite les conserver dans un endroit sombre et frais, cette fois, pour éviter le pourrissement, dans des boites hermétiques. Lorsque vous voulez faire votre infusion, plongez les baies pendant 2 heures dans de l'eau froide pour qu'elles regonflent, puis égouttez-les avant de les plonger dans la théière. Recouvrez d'eau bouillante, sachet de thé ou pas.

Voyons maintenant comment obtenir un vin de myrtilles tout à fait honorable : pour faire une dizaine de bouteilles, il faut 3 kg de baies, 5 litres d'eau, 2kg de sucre, 2 citrons et 45 grammes de levure de boulanger. Faites bouillir l'eau, et versez cette eau sur les baies dans un grand récipient, laissez reposer 24h, en écrasant de temps en temps les baies. Dans un bol, versez toute la levure, puis une cuillère à soupe de jus de citron filtré et 2 cuillères à café de sucre. Laissez fermenter pendant 5 à 10 minutes, puis versez le contenu du bol dans la bassine, avec le reste du citron et 1 kg de sucre. Il faut ensuite laisser fermenter le tout pendant 4 jours. Filtrez le tout et ajoutez le reste du sucre. Le liquide doit être ensuite stocké dans un récipient en verre avec une ouverture pendant 3 mois, puis mis en bouteille avec bouchon en liège stockée dans un lieu frais pendant 6 mois. Vous obtenez ainsi un véritable vin, un peu violet sur le début, qui, je vous le promets, alimentera les conversations à table...

La teinture de myrtille permet d'obtenir le liquide magique, le concentré de la baie. Il faut laisser macérer les baies fraîches dans de l'alcool à 70° pendant une vingtaine de jours. Ceci dans un rapport de 1 pour 10, c'est à dire que pour 10 grammes de baie il faut 100 grammes d'alcool. Cette teinture est excellente pour les affections de la bouche, quelques gouttes sur un sucre suffisent. Rappelons qu'en pharmacie, cette méthode donne une teinture, mais qu'en langage clair elle peut donner un excellent digestif... à consommer avec modération.

Enfin, la sacro-sainte tarte aux myrtilles. Je ne rentre pas dans la confection de la pâte, une alternative intéressante consistant à prendre une pâte brisée au supermarché d'en face. Par contre, il faut faire macérer les baies de myrtilles au moins 10 heures avec du jus de citron et du sirop de cassis dans un grand bol. Egoutez les baies, en récupérant le jus que vous faites porter à ébulition avec une centaine de grammes de sucre en poudre. Pendant que tout chauffe, délayez 3 cuillères à soupe de farine ou de maizena avec une dizaine de cl d'eau, puis versez le tout dans la casserole en tournant constamment pour obtenir un mélange assez épais. Versez les myrtilles sur la pâte, puis la sauce par-dessus, et mettez le tout au four à 190°C pendant 40 minutes, en surveillant la cuisson.

Les feuilles sont également riches en principe hypoglycémiant. Il faut faire une décoction d'une poignée de feuille dans de l'eau, et boire ce breuvage qui favorisera le métabolisme des glucides.

Pour finir, essayez dans la mesure du possible de laver systématiquement les baies avant de les consommer. En effet, certains animaux en montagne sont porteurs de microbes assez « toniques », et leurs déjections peuvent contaminer les baies. Donc, dans le doute...

Bonne cueillette, et à bientôt sur le prochain numéro de Quartz pour un article sur le Génépi. Ah, le génépi..... .


Jean Sommet & Tata Mimie

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